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Samedi 18 décembre 2010, comme un début des commémorations de
l’abolition de l’esclavage, le service culturel de la ville de Saint-Paul nous a gratifiés d’un spectacle peu commun avec une rencontre poétique entre Boris Gamaleya et Gilbert
Aubry.
Tous ces mots terribles qui font des poèmes…
La poésie peut faire peur, pourtant chacun au fond de lui-même perçoit ce
langage
fait de mots codés qui exaltent les idées. Samedi 18 décembre, à
l’espace culturel Leconte de Lisle de Saint-Paul, les amateurs de belles phrases de beaux mots étaient conviés à une rencontre poétique avec Boris Galamaya et Gilbert Aubry. Après une allocution
extrêmement pointue et détaillée de Madame Huguette Bello, députée-maire de la ville, nous avons assisté à un moment inédit, la rencontre de deux poètes sous l’arbitrage de Patrick Quiller,
professeur de littérature comparée à l’université de Nice et poète lui-même !
On aurait pu sous-titrer : la poésie, « qu'es aquo ».
Les deux hommes se sont bien évidement lancé à la face des amitiés et des ouah d’admiration réciproque, car vraisemblablement amis ils le sont ; cet échange poétique sur une scène avait un côté surréaliste et pour tout dire presque théâtral. D’une forme vivante, les mots se sont animés, non sans avoir provoqué une interrogation sur Dieu, et si Gilbert Aubry et Boris Gamalaya ne semblaient pas avoir l’exacte perception réciproque sur leur vision de l’ineffable, ils semblaient chacun escalader leur propre versant de la pyramide qui, comme chacun sait, est composée d’autant de voies qu’il est imaginable pour atteindre le sommet de la vie et tutoyer le spirituel ! On sait que lorsque Gilbert Aubry tutoie Dieu, il quitte sa canne de pasteur pour entrer en ésotérisme ; la spiritualité prend en lui des chemins escarpés, il fait un pas de côté pour entrer en contact avec l’humanité immortelle ! Est-ce la poésie qui déroute cet homme d’Église du dogme catholique ? Quoi qu’il en soit, il fait que l’art de poétiser rend Dieu acceptable ! Quant à Boris Gamaleya, le « vieux » sage, celui qui poétise comme l’on respire, il poursuit malgré les ans la pose de pierres fondatrices à la culture créole, mais plus que cela à celle de l’humanité en transcendant le phénomène de l’île-prison pour, avec l’aide de son ami l’évêque, l’insérer dans le cosmos !
La synthèse, puisqu’il doit y avoir synthèse dans toute réflexion
poético-philosophique, lorsqu’on effleure les atours de la muse avec spiritualité, cette synthèse donc nous a été délivrée grâce à un travail sur l’œuvre des deux poètes. Ce travail fut de grande
qualité et on put entendre, après cet échange de rêveurs à rêveurs, les textes des deux poètes ponctués par une composition musicale presque surréaliste, à la hauteur des poèmes mixés dans une
pièce digne d’une dramaturgie germanique. La musique et la poésie se sont rencontrées et croisées pour nous offrir un excellent spectacle. C’est donc une expérience à renouveler, mais il ne faut
surtout pas oublier ceux qui on fait vivre cet instant de franche émotion. Tout d’abord, le sextuor à cordes « Accord », dirigé par Philippe Barret, puis et surtout, Sylvie Espérance,
Didier Ibao, Isabelle Martinez, les trois comédiens de talent qui ont dit ces textes d’une rare beauté !
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